L’univers onirique d’Aëla Labbé
-Vous jonglais entre deux univers, la Photo et la Danse, à la fois très liés à l’image mais aussi contradictoires: l’immobilité et le mouvement. Comment êtes vous passée de la danse à la photographie?
Tout a commencé par un « accident » si on peut le désigner comme tel… par un manque de danse à la suite d’une lourde expérience dans le domaine qui m’a obligée à m’en détacher pendant quelques mois. Même si j’ai toujours été intéressée par « les images », mon intérêt pour la photographie s’est peu à peu imposé juste à ce moment-là, non seulement comme un nouveau moyen d’expression mais aussi comme une sorte d’antidote capable d’embellir ma vision des choses dans une période un peu difficile et surtout pour combler mon besoin de création. J’ai très vite compris qu’il ne s’agissait pas d’un substitut pour la simple raison qu’il m’est impossible de me passer de danse mais d’un prolongement de mon travail artistique et de mon savoir chorégraphique. Danse et photographie se complètent plus qu’elles ne s’opposent selon moi, le travail de composition est très similaire et on y retrouve ces mêmes éléments : le corps, l’espace et le temps. Dans mon approche, la gestuelle et l’émotion qui s’en dégage tiennent une place très importante.
-La plupart de vos séries suivent le même leimotiv: un cadre naturel avec un hallo de mystère onirique,le romanticisme et la mélancolie… Quel rapport entretenez-vous avec la nature?
Je suis née j’ai grandi et je vis actuellement en Bretagne région où la nature est abondante et habitée par une multitude de légendes et de mythes anciens. Onirique, magique, mystérieuse, mystique, effrayante parfois, elle a toujours été un terrain de jeu et d’inspiration. D’un point de vue photographique, j’utilise cadres et lumières naturels pour créer des ambiances à la fois bucoliques et intemporelles, des sortes de jardin d’Eden où enfants et créatures se perdent dans une fantaisie infinie.
-L’enfance et la complicité des frères et soeurs font partie de votre langage visuel. Celui-ci me rappelle l’univers de Sofia Coppola crée dans “The Virgin Suicides”. Où trouvez-vous de l’inspiration pour vos instantanées?
Je suis la petite dernière d’une famille de cinq enfants et tante de six neveux et nièces qui sont les principaux sujets de mes photographies. Nous sommes tous très proches et ces liens tous particuliers dans la tribu familiale créent une véritable complicité. La référence au film « The Virgin Suicides » revient fréquemment … elle vient très probablement de l’ambigüité présente dans certains de mes clichés où noirceur et innocence, douceur parfois souffrance se côtoient. Je ne mets volontairement pas les enfants dans des positions toujours très confortables parce que je cherche autre chose que la beauté lisse de l’enfance très souvent représentée. Peurs et cauchemars font aussi partie de leur quotidien et surtout je suis persuadée que les enfants comprennent et sentent beaucoup plus de choses qu’on ne pense. Pour cette photo précisément je n’ai pas voulu créer une image morbide comme on a pu me le dire, mais plutôt une image de l’enfance figée dans son temps née d’un sentiment nostalgique sur un passé aujourd’hui révolu.
-Dans la pratique, comment effectuez-vous vos shootings ? Avez-vous une anecdote à nous raconter ?
Mes séries naissent très souvent d’une inspiration ; un lieu, un livre, un film…L’idée est plus ou moins précise ensuite il faut jouer avec la magie de l’instant et de l’environnement. J’attache beaucoup d’importance au détail, de l’habit à la position de corps dans l’espace. Une anecdote ?… Les dernières photos prises avec les enfants, un dimanche après-midi à la mer. Le temps était maussade et il a fallu se dépêcher. Au final le résultat est vraiment absurde, quasi-dramatique, mais nous avons pas mal ri.
-Photographiez-vous toujours vos proches ou amis, ou faites vous parfois appel à des modèles?
Je photographie essentiellement ma famille et mes amis, j’ai besoin d’un minimum d’intimité parce que je recherche l’émotion intérieure plus que la beauté extérieure. Je crois que c’est cela… la complicité dont nous parlions juste au-dessus qui m’aide à créer, il y a entre moi et mes modèles une certaine facilité, une connivence parce que nous nous connaissons et avons partagé des moments ensemble. On m’a aussi proposé de venir faire des shootings mode pour des magazines sur Paris, mais justement le fait de ne pas connaitre les modèles et d’être entourée d’une véritable équipe artistique (maquilleur, styliste) m’effraie un peu… je peux être très facilement déstabilisée par trop de professionnalisme.
-Beaucoup de poésie se dégage de vos clichés, des photos pleines de sens. Parlez nous un peu de votre actualité, de parutions magazines, d’expos?
Même si l’été est là et que les choses sont un peu en suspens je reçois diverses demandes et j’ai des parutions à venir que je dois encore garder secrètes… Ces derniers mois mon travail a été exposé aux Etats-Unis, en Grèce et en Italie, j’aimerais trouver un endroit en France cette année…
-Quel matériel photographique utilisez-vous ? Pourquoi ce choix?
Après avoir débuté au numérique, j’ai été conquise par l’argentique. Le grain, les imperfections, le risque et la surprise au développement… je trouve que même les appareils anciens sont plus beaux ! Je n’ai absolument rien contre le numérique seulement pour mon travail le résultat correspond davantage aux ambiances que je recherche. J’utilise différents appareils argentiques et n’importe quelles pellicules même périmées, un multivision que j’adapte directement sur l’objectif et un trépied de temps en temps.
-Des projets pour ces prochains mois?
Des projets amorcés, discutés et des idées : Un duo de danse, un film, un premier livre recueillant mes photos… et beaucoup d’autres envies mais c’est toujours très difficile de se projeter surtout dans ces métiers artistiques où les choses arrivent alors qu’on ne s’y attend pas.
Je vous conseille vivement de regarder l’intégrité de sa gallerie Flickr.










i like, like, like and love photos of Aela. The stories, mystery, dreams and diffrent, but so close world of our minds.
Extraordinario trabajo, algo inquietante pero adictivo. La puesta en escena y el trabajo de edición logran un resultado realmente de sueño.
Felicidades