Interview avec Gael Turpo
– Quelques mots à propos de toi? (sites webs/blogs,etc..)
Curieux, optimiste, inquiet, passionné, angoissé, nostalgique, j’aime la nuit, les bars et j’ai soif de rencontres et d’expériences humaines.
Concernant mon site j’ai ajouté le mot « labo » au nom de domaine car je considère qu’il est en évolution permanente. Ca peut être dangereux pour la compréhension de mon travail car il n’y a pas de style qui se dégage et on pourrait lui reprocher une certaine incohérence. Mais c’est un choix qui me convient car il ressemble à mon approche de la photographie. Ce sont des essais, des tentatives. Mes travaux ressemblent aux univers que je traverse et ils sont nombreux. Pour le blog, c’est encore pire, il faut le considérer comme un journal photographique.
– Présente une de tes séries?
Je voudrais présenter la série sur laquelle je travaille actuellement, il s’agit de « Clinical ». C’est en quelque sorte un autoportrait. Je tente de porter un regard lucide, presque froid, sur mon quotidien. C’est l’enregistrement spontané de ce qui m’entoure et de ceux qui m’entourent chaque jour. Il s’agit de mon environnement direct, il n’y a dans cette série aucune recherche documentaire, chaque photographie a un sens personnel. Je ne suis pas sorti de chez moi en me disant « tiens je vais aller faire des photos » ou « je suis à la recherche de telle image pour raconter une histoire ». Il me suffisait simplement de me concentrer sur les personnes, les lieux ou les atmosphères qui me sont familières. De façon plus générale c’était aussi un moyen de m’obliger à être là, maintenant. Je repense souvent au passé et l’avenir est une source d’angoisse, du coup j’avais besoin de me forcer à vivre le présent de façon plus consciente. D’où ce côté presque brutal comme pour me prouver que j’étais bien réveillé.
– Une série/photo d’un autre photographe?
Le travail de Teller m’intrigue énormément. Cette photographie résume assez bien ce qui me fascine dans son travail. Il n’a jamais dissocié son travail de commande pour la mode de ses recherches autobiographiques ou documentaires, quitte à mélanger les approches. Ce que je comprends c’est : « peu importe que cette image soit mise en scène ou prise sur le vif, peu importe que ce soit une commande ou un travail personnel, ce qui compte c’est qu’il y a de moi dans cette photo, c’est mon univers et c’est tout ce qu’il faut retenir. Je suis le même dans tous les cas ».
– Comment est ce que tu décrirais la relation que tu entretiens face à tes images? Quelle est ta démarche dans la production et la sélection?
J’envie les photographes qui ont un style, un univers que l’on peut distinguer au premier coup d’œil. Moi je n’y arrive pas et je crois que ca ne m’intéresse plus finalement. J’essaye de faire en sorte que mes images soient un témoignage de ce que je vis, de mes expériences. Or c’est un bordel, du coup mes photographies sont un bordel ! Ce que je veux dire c’est que si la photographie est pour moi l’illustration des mes sentiments et de mes émotions alors je ne peux pas avoir un style, c’est impossible, car je ne vois pas le monde de la même façon selon que je suis heureux ou malheureux, à Paris ou à l’étranger, le midi en été ou la nuit en hiver. Du coup j’appuie, j’appuie, un peu trop peut être, en me demandant si il y a vraiment un sens à ce besoin. Mais ce n’est pas grave, le sens naît quelques fois plusieurs mois après. Mais j’essaye de me discipliner dans mon travail actuel. Pour la sélection il faut établir une certaine cohérence narrative, ou au contraire la défaire. Je n’ai pas de préférence. Chaque image doit pouvoir exister seule. Pourtant elle prend du sens une fois mélangée aux autres et souvent, peu importe l’ordre.
– Une anecdote photographique ?
Le pire souvenir est d’avoir réalisé que j’étais devenu meilleur dans mon travail après une séparation. Il m’a fallu attendre de ressentir et de vivre quelque chose de terrible pour être plus à l’écoute des mes émotions. Je considère que la photographie m’a vraiment aidé à tenir à ce moment là, je ne faisais que ca, comme si je m’étais accroché au bord de la piscine pour ne pas me noyer. Ce qui me fait peur c’est de me demander ce qui ce serait passé si il n’y avait pas eu la photo.
– Invente une question à laquelle tu aimerais répondre (ou essayer de répondre)
Est-ce que j’aurais une femme, un gosse, une maison, un chien, sa niche et une voiture un jour ?…ca peut paraitre ironique mais cette question est fondamentale quand j’y pense.
– Futur(s) projet()?
Ma prochaine série sera consacrée à un bar que je fréquente plusieurs fois par semaine. J’ai mis énormément de temps avant de trouver le moyen de raconter ce lieu. Je vais le raconter à travers les inconnus que je croise là-bas, les clients. Je voudrais que l’on ne voit que les visages plongés au milieu de l’obscurité car dans ce lieu tout s’efface, le temps s’arrête, chacun reproduit l’univers qui lui convient ou qui le hante.
Je vais également consacrer cette année à voyager un peu partout dans le monde !
– Une chanson ?
Aucune, il n y a que l’image qui me parle.
– Des mots en vrac, un extrait, une citation ?
« Je suis James, James Bond ». Mon frère Hadrien quand il était petit.







Peut être que les photographes les plus intéressants sont ceux dont leurs photos ne se dissocient pas de leur vie. Quand on voit les photos de Gaël on ressent quelque chose comme de la franchise, une mise à nu, quelque chose qui parle. En suivant son travail j’ai appris pas mal de chose, je ne sais pas si j’en fait quelque chose de bien mais c’est quand même important
Merci beaucoup Damien! (Touché)
Je reconnais bien gael dans ses mots… son honnêteté et son inépuisable curiosité et recherche.
c’est toujours un bonheur de t’ecouter parler de photo et de la vie mon ami!
dirty.
Emilie, je suis d’accord avec toi du premier au dernier de tes mots !